30 décembre 2008

Au-delà du "choc des civilisations" (ch. 6 suite)

Au-delà du "choc des civilisations", l'hostilité à la société ouverte

(Suite de la synthèse du livre d'Alain Laurent La société ouverte et ses nouveaux ennemis)

On a constaté l'impossibilité pour l'islam de cohabiter pacifiquement avec d'autres cultures, mais il faut reconnaître que c'est avec la culture occidentale que le conflit est le plus rude. Il ne s'agit pas d'observer que la partie "violente" des conflits : attentats, menaces terroristes... Mais il faut surtout pointer du doigt les conflits culturels qui opposent la masse des musulmans dit "modérés" avec les pays occidentaux et leurs valeurs. "N'a-t-on pas alors pu voir, bénéficiant de l'approbation agressive et hystérique des foules, les 57 états de la Conférence islamique oser en février 2006 enjoindre à l'Europe de limiter le champ de la liberté d'expression et de critique?".

La thèse du "choc des civilisations" développée par Samuel Huntington en 1996 apparait comme une réalité entre le choc des civilisations occidentale et islamique. Il s'agit soit de conflits ouverts, soit d'une guerre idéologique feutrée. Simplement, cette guerre parait bien souvent perdue car l'Europe se rend très souvent sans résistance aux diktats de l'islam qui se radicalise.

Revel, au moment de l'affaire Rushdie, jugeait que « l'islam, depuis ses origines, se définit et se vit comme indissociable du pouvoir de l'organisation de la société toute entière. Il ne tolère pas la séparation du civil et du religieux sur laquelle reposent les Etats modernes. » (Le Point, 24/05/87). Il écrit aussi dans La Régression démocratique : « La "tolérance" musulmane est à sens unique. » Depuis les attentats du 11 septembre 2001, d'autres auteurs ont bien démontré l'inanité d'un islam tolérant, pacifique et ouvert à la démocratisation et à la sécularisation, d'un islam qui n'aurait rien à voir avec l'islamisme. Ils s'opposent en cela à BHL qui écrit dans Le Monde (15/02/08) que la lutte ne doit se porter que contre "l'islamisme radical."

Christian Delacampagne dans Islam et Occident-Les raisons d'un conflit explique que « l'opposition "islam versus islamisme"... est loin d'être innocente car elle remplit une fonction pratique » qui est de « nous permettre de nous rassurer » mais « revient à nous cacher la réalité. »

« Le problème, c'est qu'il y a des musulmans modérés mais pas d'islam modéré. » (Anne-Marie Delcambre, Valeurs Actuelles, 10/02/06). L'islamophobie qui est reprochée à certains ne tient pas devant cette réalité du choc de civilisations. La critique de l'islam est impossible, car "passible de peine de mort" ( Zarka, 2004). "L'islam n'admet aucune indépendance de l'Etat, de la Loi, de la morale, de la société, de la vie intellectuelle et de l'art même par rapport à la religion." (Revel, 1992)

Conséquences de ces caractéristiques de l'islam

L'islam est incapable de s'intégrer dans une civilisation démocratique. Il n'existe d'ailleurs pas de démocratie constitutionnelle dans les pays musulmans. Qui plus est, les musulmans veulent imposer leur règles islamiques dans les pays démocratiques.
"L'embarras le plus sérieux provient des musulmans minoritaires implantés dans des nations de culture chrétienne et laïque[... qui] revendiquent le privilège exorbitant de pouvoir imposer leurs vues à la majorité." (Revel, Le regain démocratique). En fait, il y deux façons de procéder chez les "violents" et les "modérés" : les premiers adopteront le conflit ouvert, les seconds agiront par une subversion lente.

La volonté hégémonique de l'islam est bien la finalité de celui-ci. L'expansion conquérante universelle de l'islam résulte de sa certitude à détenir la Vérité ultime valable pour toute l'humanité. Le monde entier doit se convertir à ses dogme et un prosélitysme puissant l'habite. Revel écrit : "Les systèmes de pensée incluant, dans leur principe originel même, un projet de conquête universelle ont été le nazisme, le communisme et l'islam. Les deux premiers furent des innovations, sinon des inventions propres au XXe siècle. L'islam, en revanche, est un legs du passé. Nous ne pouvons transiger avec un programme qui veut notre destruction."

Objections de la bien-pensance
Cette thèse d'un islam impérialiste et totalitaire est outrancière et dépendante d'un début du XXI siècle obsédé par le terrorisme et le communautarisme islamistes. Certains "occidentalistes" s'inventent un nouvel ennemi.

Réponse aux objections
Dans les années 1950, il y avait déjà des penseurs qui avaient décelé les principales caractéristiques de l'islam. Dans Tristes Tropiques (1955), Lévi-Strauss écrit : "sur le plan moral, on se heurte à la même équivoque d'une tolérance affichée en dépit d'un prosélytisme dont le caractère compulsif est évident." En 1956, Malraux déclare : "Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l'islam est comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine."

Enfin, de nombreux lecteurs de "base" du Figaro ou du Monde expriment cette vision pessimiste de l'islam. Autre objection : les critiques sur l'islam seraient le fait de personnes trop "occidentalistes".

Mais c'est l'écrivain d'origine indienne, prix Nobel de littérature, V.S Naipaul, qui écrit dans le Point le 14/12/01 : "Il n'y a, je crois, jamais eu d'impérialisme comparable à celui de l'islam et des Arabes. C'est un impérialisme intransigeant qui produit une société de névrosés et de nihilistes prêts à tout."

Ce choc des civilisations : en quoi consiste t-il exactement ? Est ce que "l'ennemi visé par l'animosité islamique contemporaine [est] essentiellement l'Occident en tant qu'espace d'altérité défini par son identité chrétienne traditionnelle..." ? Il apparait en fait que c'est moins l'Occident "traditionnel" que celui de "l'universalisme des droits de l'homme (version d'origine 1776 et 1789), des Lumières, de la modernité libéralisée et de la révolution culturelle individualiste, de la démocratie égalitaire et pluraliste, et de la sécularisation", bref, tout ce qui fonde la société ouverte qui est visé dans cette opposition entre islam et Occident.

C'est ainsi que l'on peut expliquer et tempérer le choc trop manichéen ou confessionnel entre les civilisations professé par Huntington. Beaucoup de musulmans sécularisés, partisans de la société ouverte s'érigent contre les musulmans "bigots dominants".( aux Etats-Unis, le mouvement des "Free Muslim Coalition"; en Grande-Bretagne, "British Muslims for secular democracy", au Danemark, les "musulmans démocrates").

En France, il faut commencer à compter avec le "Mouvement des Maghrébins laïques de France" et l'influence d'un Rachid Kaci ou des frères Bencheik. Aussi avec Messaoud Bourras ("ce n'est pas seulement l'islamisme qui pose problème, c'est l'islam...") et Kébir Jbil ( "en tant que musulman, j'affirme que l'intégrisme musulman ne peut naître que de l'islam") et aussi Saïd Bouaïssï ( "[certains musulmans se battent pour le droit à la reconnaissance égalitaire des femmes, contre l'oppression des homosexuels, des non-musulmans ou des apostats] au nom de principes religieux, d'autres au nom des lumières de la raison.").
Dans le Dar al islam, surtout dans la zone périphérique, la réislamisation se heurte çà et là à de solides foyers de résistances.( en Algérie, au Maroc et même en Iran.)

Ainsi, il s'agit d'une erreur de "généraliser arbitrairement le bien-fondé des charges contre l'islamisme élargi à l'ensemble des musulmans ou à l'individu musulman en soi.( comme a pu le faire Orian Fallaci).
Mais, l'autre erreur, symétrique, est de croire que ces musulmans individualistes et libéraux et opposés à la réislamisation identitaire sont majoritaires.

Il existe donc un divorce conflictuel dans le monde islamique, entre une "minorité de musulmans éclairés et acquis à la modernité d'une part, et une autre minorité fanatiquement intolérante qui bénéficie de la tolérance d'un "marais" traditionnaliste et conservateur d'autre part..."

Il existe donc bien un choc des civilisations entre islam et Occident. Mais ce choc interfère avec un autre : celui de l'Occident comme vecteur de la métaculture universaliste propre à la société ouverte avec l'islam comme culture théocratique caractéristique d'une société close. Le vrai ennemi de certains musulmans ralliés aux valeurs de la société ouverte est donc bien l'islam traditionnaliste et pas l'islam ou les musulmans dans sa totalité. Il s'agit d'un conflit entre société close et société ouverte qui transcende les appartenances religieuses. Le monde musulman n'est pas le seul à être confronté à cette guerre. Les sociétés ouvertes, dans le monde occidental, sont aussi confrontées à de nouveaux ennemis.

29 décembre 2008

Hommage à Samuel Huntington


Samuel Huntington est mort le 24 décembre 2008. En 1993, il avait osé écrire dans Le choc des civilisations, que l’islamisme n’était pas un phénomène marginal et extrémiste mais bien l’expression d’une identité religieuse et civilisationnelle permanente.

Il inscrivait son analyse géopolitique dans le sillage de Zbigniew Brzezinski qui, dès le début des années 90, avait parlé de l'unité civilisationnelle du monde islamique comme une donnée historique et une nouvelle donne de la géopolitique mondiale. Selon Brzezinski, on assiste, depuis la chute du communisme, à la naissance d'un « Croissant islamique aux contours indéterminés, qui s'étend à travers l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient - il pourrait englober la Turquie, les Etats arabes du Golfe, l'Irak - et il traverse l'Iran et le Pakistan au nord vers les nouveaux Etats musulmans de l'Asie centrale pour atteindre enfin les frontières de la Chine. Les pays de ce bloc seront liés par beaucoup de dénominateurs communs » (revue Al-Majala, Londres, 21 avril 1993).


A l'époque, j'avais écrit une recension du Choc des Civilisations. Un livre que beaucoup critiquent sans l'avoir lu. A lire ici


La meilleure façon de rendre hommage à ce grand penseur c'est donc de lui donner la parole.


Extraits et interviews :


« La disparition des idéologies fait ressortir des oppositions plus anciennes et plus difficilement réductibles. (...) Dans ce monde nouveau, les conflits les plus étendus, les plus importants, et les plus dangereux, n'auront pas lieu entre classes sociales, entre riches et pauvres, entre groupes définis selon des critères économiques, mais entre peuples appartenant à différentes entités culturelles. (…)

L'Occident devra de plus en plus s'accommoder des civilisations modernes non-occidentales, dont la puissance rejoint celle de l'Occident, mais dont les valeurs et les intérêts diffèrent significativement des siens. Cela demandera à l'Occident de développer une bien meilleure compréhension des principes religieux et philosophiques de base, qui sous-tendent les autres civilisations et la façon dont les peuples de ces civilisations envisagent leurs propres intérêts. Cela demandera un effort pour identifier les éléments communs entre les autres civilisations et l'Occident. (...)

Pour le futur tel qu'il est envisageable, il n'y aura pas de civilisation universelle, mais, à la place, un monde fait de civilisations différentes, chacune ayant à apprendre à coexister avec les autres. »

Le Choc des Civilisations



Interview de Huntington dans Libération le 6 janvier 1998


Vous affirmez que la notion de civilisation peut nous aider à mieux appréhender la géopolitique à l'aube du troisième millénaire. Pourquoi aujourd'hui et pas hier?
La fin de la Seconde Guerre mondiale fut suivie par la Guerre froide. C'est-à-dire par une compétition opposant deux systèmes économiques et politiques plutôt que deux civilisations. Mais cet état de choses ne pouvait pas durer éternellement. Il paraît clair maintenant que le facteur culturel sera décisif au cours du prochain siècle. Pour la première fois de l'Histoire, nous vivons dans un monde multipolaire où les principales puissances appartiennent à des civilisations différentes. C'est cela qui a tout changé.

Certains pays ont tenté de passer d'un modèle de civilisation à un autre. Est-ce possible?
La Turquie est le meilleur exemple de ce phénomène. Kemal Atatürk voulait transformer son pays en suivant le modèle occidental. Il a créé un nouvel Etat laïque à partir de la vieille nation turque. Ses successeurs, jusqu'à aujourd'hui, ont poursuivi le même objectif. Mais la situation a changé. L'Etat laïque fait à présent l'objet d'un rejet de la part du parti dominant en Turquie. Du coup, la Turquie ne sait plus sur quel pied danser: fait-elle partie de l'Occident, de l'Europe, ou est-ce un pays moyen-oriental, le coeur d'une nouvelle civilisation turque qui s'étendrait jusqu'en Asie centrale?

Où se placent des pays qui, comme la Grèce, se trouvent sur la ligne de partage de ce que vous appelez les «civilisations en conflit»?
La Grèce est un pays orthodoxe. Comme son voisin turc, la Grèce doit sa présence au sein de l'Otan à la Guerre froide. Ensuite, le pays a adhéré à la Communauté européenne. Ce n'est pas pour autant un pays occidental. La preuve, c'est que la Grèce, à la différence des autres pays occidentaux, s'est mise ouvertement dans le camp des Serbes pendant les conflits de l'ex-Yougoslavie. Athènes a travaillé la main dans la main avec Moscou pour aider Belgrade à détourner les sanctions économiques. Les dirigeants grecs parlent d'une «entente orthodoxe» liant Athènes à la Serbie ainsi qu'à la Bulgarie. La coopération avec la Russie se renforce en même temps, comme le prouve l'accord entre Athènes, Moscou et Chypre sur la vente de missiles russes au gouvernement chypriote. La Grèce se comporte comme un pays orthodoxe.

La civilisation se définit donc par rapport à la religion?
La religion n'est pas le seul élément dans l'équation, loin de là, mais elle est certainement d'une grande importance.
L'essor de l'intégrisme religieux est-il la conséquence directe du conflit de civilisations?
L'intégrisme religieux résulte avant tout du processus de modernisation qui affecte le monde. Des mouvements intégristes existent aujourd'hui au sein de pratiquement toutes les principales religions. Les gens qui rejoignent ces mouvements sont ceux qui ont quitté leur village natal dans l'espoir de trouver du travail dans les villes, qui se sont déracinés et qui doivent s'adapter à un milieu urbain. Ils deviennent des intégristes, qu'ils soient protestants, hindous ou musulmans. L'essor de l'intégrisme est générateur de problèmes et de conflits. Les résoudre, sera l'un des principaux défis que les Etats du monde devront relever.

La civilisation occidentale croit en l'universalité de ses valeurs. Cette attitude a-t-elle généré l'intégrisme islamique?
Il ne fait pas de doute que le retour de l'islam est une réaction à la modernisation sociale et économique. Mais c'est aussi un rejet sans appel de la culture occidentale. Les islamistes ont peur de se faire étouffer par la culture occidentale. C'est pour cette raison qu'ils sont prêts à se moderniser sans pour autant s'occidentaliser.

Le conflit entre l'Occident et l'Islam constitue à vos yeux le conflit le plus important de notre époque.
Essayez de trouver quelque part dans le monde un conflit important qui n'oppose pas une société islamique à une société non islamique. La frontière du monde musulman, du Maroc à l'Indonésie, est une ligne de front continue. Les Bosniaques musulmans contre les Serbes orthodoxes et les Croates catholiques, la Grèce contre la Turquie, les Arméniens contre les Azéris, les Russes contre les Tchétchènes et les musulmans d'Asie centrale, l'Inde contre le Pakistan. Sans compter les conflits entre musulmans et catholiques aux Philippines et en Indonésie, entre les Juifs et les Arabes au Moyen-Orient et la guerre sanglante entre chrétiens et musulmans au Soudan.

Votre théorie des civilisations n'est-elle pas une façon de justifier l'hégémonie américaine.
C'est absurde. J'insiste au contraire sur le fait que la puissance de l'Occident diminue par rapport à celle des autres civilisations. L'Occident ne peut pas et ne devrait pas tenter d'imposer son système à d'autres sociétés par la force ou la coercition. Nous allons vers un monde à civilisations multiples; il n'y aura donc plus de puissance dominante. Certains pays seront plus forts que d'autres. L'Occident, même s'il perd de sa puissance, va évidemment rester la civilisation dominante au cours des décennies à venir. Et les Etats-Unis resteront sans aucun doute le pays le plus puissant pendant cette période. Mais ce sera malgré tout un monde pluraliste, et l'Occident ne pourra plus imposer sa volonté.


Que doit faire l'Occident?
L'Occident doit agir pour protéger ses propres intérêts, ses institutions, ses valeurs. Il devrait tenter d'atteindre un degré d'unité plus important que par le passé. Dans l'hypothèse où des conflits latents entre l'Occident et la Chine ou l'Islam éclateraient, il faudrait tenter de conserver des relations de coopération avec des pays comme la Russie, le Japon et l'Inde. Ces trois pays constituent un groupe de «civilisations balançoires» qui, avec les pays d'Amérique latine, ont tout à fait leur place dans la civilisation occidentale.


Le Figaro, interview de Huntington le 19 janvier 2005


Auteur du Choc des civilisations, Samuel Huntington persiste et signe dans sa critique de l'optimisme «multiculturaliste», avec un essai brillant et controversé sur l'identité américaine, Qui sommes-nous?, qui vient de paraître en traduction française aux éditions Odile Jacob. Explications.


LE FIGARO. – A la lumière de votre dernier livre, l'identité américaine apparaît presque menacée d'implosion. N'est-ce pas trop alarmiste ?
Samuel P. HUNTINGTON. – Je voudrais dire d'abord que l'Amérique est confrontée à des défis singuliers pour l'avenir de son identité. Mais l'Amérique n'est pas le seul pays dans ce cas. De nombreux pays sont confrontés à des défis qui, pour n'être pas identiques à ceux qui frappent les Etats-Unis, s'en rapprochent. La mondialisation bouleverse beaucoup de choses et intensifie les processus d'interaction entre les différentes sociétés. Elle crée donc des situations parallèles dans les différents pays occidentaux qui traversent des crises de leurs identités nationales.

Un éditorialiste du Washington Post, Tamar Jacoby, vous reproche de vous livrer à une «évaluation paranoïaque de la menace» en évoquant «une reconquista démographique de territoires que les Américains avaient enlevés au Mexique». Que répondez-vous ?
C'est justement la raison pour laquelle je tiens à souligner que Who are we ? n'est pas un livre sur les Hispaniques et les hispanophones en général. C'est un livre sur cette identité américaine que l'immigration n'a jamais cessé de façonner. Actuellement, aux Etats-Unis, plus de la moitié des immigrants viennent de pays hispanophones. Or c'est la première fois dans l'histoire de notre pays que la moitié des nouveaux arrivants sont les locuteurs d'une seule langue qui n'est pas l'anglais. L'autre singularité de l'immigration hispanique, outre son ampleur, c'est qu'elle est en provenance de pays proches des Etats-Unis – le Mexique et les autres pays de l'Amérique centrale.

Les Hispano-Américains ont un taux très élevé d'exogamie et, dans la mobilisation antiterroriste depuis 2001, leur patriotisme américain a rarement été pris en défaut...
Reste que, pris dans sa globalité, ce phénomène d'immigration constitue un changement immense par rapport à l'époque pas si lointaine où une large majorité des immigrants se livrait à une traversée hasardeuse de l'océan Atlantique. Les Etats-Unis connaissent enfin une immigration clandestine toujours aussi massive, de part et d'autre du Rio Grande.


N'est-ce pas un combat d'arrière-garde ?
Pas du tout ! Je ne mène en aucun cas un combat d'arrière-garde ! La question qu'il faut se poser face à l'ensemble des phénomènes inédits que constitue l'afflux de ces populations est celle de l'aptitude de cette vague d'immigration à s'assimiler aussi facilement que les précédentes aux valeurs de la société américaine.

Mais si les Etats-Unis traversent une crise d'identité, ce n'est pas seulement en raison des personnes accueillies, mais aussi des «accueillants»...
L'immigration est l'un des aspects de mon livre. Un autre aspect est le fossé grandissant entre, d'un côté, le nationalisme et le patriotisme répandus dans l'opinion américaine et, de l'autre, ce que j'appelle la dénationalisation des élites.


Les Américains, dans leur grande majorité, condamnent-ils le cosmopolitisme de leurs élites ?
Le degré d'identification des Américains avec leur pays semble avoir connu une nette augmentation à la fin du XXe siècle. Interrogés sur l'entité territoriale à laquelle ils estimaient appartenir «avant tout» – ville, région, pays dans son ensemble, continent ou monde –, 16,4% d'Américains en 1981-1982, 29,6% en 1990-1991 et 39,3% en 2002 ont choisi les Etats-unis dans leur ensemble. Le nombre d'Américains accordant la première place à leur nation a donc augmenté de 22,9%, pourcentage qui dépasse largement l'augmentation du sentiment d'identification nationale enregistrée dans les pays développés. Paradoxe : alors même que l'engagement national du grand public américain se renforçait, certains éléments des élites économiques et universitaires américaines s'identifiaient de plus en plus au monde dans son ensemble et se définissaient comme «citoyens globaux». En 1927, un intellectuel français (2) avait pu accuser ses pairs de succomber aux passions partisanes du nationalisme. Aujourd'hui, l'attitude des intellectuels consiste à défendre la supériorité d'une identification avec l'ensemble de l'humanité.


Le traumatisme causé par le 11 Septembre n'y a-t-il pas mis un coup d'arrêt ?
Sur le moment, la catastrophe qui a frappé Manhattan a eu un impact certain. Mais l'intégration des élites financières et médiatiques américaines aux catégories de la mondialisation ne semble pas avoir été bouleversée de fond en comble. Il demeure difficile de prévoir ce que seront les effets à très long terme du 11 Septembre sur la conscience patriotique américaine.

Le néoconservatisme est un patriotisme...
Les néoconservateurs constituent une élite certes opposée à la tendance lourde de la dénationalisation – mais c'est un très petit groupe d'hommes, qui essuient de très nombreuses critiques de la part aussi bien des milieux académiques, que des milieux d'affaires et des médias ! De ce point de vue, les néoconservateurs ne sont pas du tout représentatifs des élites américaines. Et ils ne sont pas davantage au diapason des opinions du public américain.

Pourquoi ?
Tous les sondages effectués depuis plusieurs années auprès des Américains le révèlent : dans son immense majorité, la promotion de la démocratie ne représente pas du tout une priorité pour notre peuple ; elle arrive même en avant-dernière position. Ce qui arrive en revanche toujours en tête, c'est l'importance d'une politique d'emploi, d'immigration et de sécurité nationale.

Un essayiste a défini le credo américain comme l'adhésion à un système politique fondé sur la «dignité essentielle de l'individu, l'égalité fondamentale de tous les hommes et des droits inaliénables» comme le droit à la liberté et à la justice. Cette «religion civile» garantit-elle la cohésion de la société américaine ?
Je suis fondamentalement en accord avec la définition donnée par Gunnar Myrdal, en 1944, du credo américain. Mais toute la question est de savoir si la nouvelle vague d'immigration est prête à accepter les principes de base énumérés par Gunnar Myrdal. C'est un vrai privilège de s'intégrer aux valeurs américaines. D'embrasser la culture américaine. Des éléments semblent suggérer qu'il n'est pas sûr que les immigrants récents soient tous encouragés à adopter l'échelle de valeurs et la culture américaines.

La faute aux intellectuels, que vous appelez «cosmocrates», et à leur «déconstruction» de l'identité américaine ?
Dans les années 60, les Etats-Unis ont abandonné la référence à la race et à l'ethnie comme critère de définition de l'identité nationale. Mais paradoxalement, ils ont été accusés de sous-estimer le rôle de la race et de l'appartenance ethnique pour certains groupes. Une fois la race et l'appartenance ethnique formellement exorcisées, les minorités ont pu commencer à affirmer leurs identités au sein d'une société désormais essentiellement définie par son credo. Ne servant plus aux Américains à se différencier d'autres peuples, la race, l'appartenance et même, dans une certaine mesure, la culture, sont devenues les critères par lesquels les Américains se différenciaient les uns des autres. Sont nées les politiques dites d'affirmative action. Elles ont eu pour effet, avec d'autres politiques, d'élever les valeurs «subnationales» au-dessus des valeurs d'identité nationale. Pour les Américains, le credo de la «religion civile» a longtemps signifié que les individus devaient être jugés en fonction de leurs qualités propres, indépendamment de leur appartenance religieuse ou de leur origine ethnique. Avec l'avènement du multiculturalisme, c'en a été fini du primat des droits individuels.

Vous citez le sociologue Daniel Bell : «Ce qui est extraordinaire dans ce changement, c'est qu'une conception des droits totalement nouvelle a été introduite dans la vie publique, sans qu'aucun débat n'ait lieu.»
Les droits des groupes et l'égalité des conditions ont acquis dans la sphère publique le statut d'une nouvelle philosophie qui, en établissant des distinctions entre les individus selon leur appartenance, en vient à relativiser dangereusement l'importance d'un bien commun. Par exemple, les Noirs ont pu commencer à bénéficier d'avantages du simple fait qu'ils étaient noirs. Ces politiques de rattrapage, qui partaient des meilleures intentions, ont abouti à remettre en question la façon dont les Américains concevaient leur identité nationale. Elles ont participé au mouvement de sa déconstruction. La question demeure de savoir si les Etats-Unis doivent être une nation constituée d'individus dotés de droits et d'une culture communs ou un conglomérat de groupes raciaux et culturels défendant leurs intérêts propres.

Pourquoi le multiculturalisme tente-t-il les Français, notamment les champions de la discrimination positive ?
Je ne sais pas pour quelles raisons précises la tendance au multiculturalisme s'est développée en France. Une chose est sûre : la consécration du multiculturalisme pourrait avoir, chez vous aussi, des effets malheureux. Aux Etats-Unis, ces politiques ont eu pour effet de diviser la société américaine et, en ce qui concerne notamment le volet des mesures d'affirmative action, n'ont pas du tout obtenu les bienfaits escomptés – le «rattrapage» social des populations défavorisées. En fait, les politiques d'affirmative action n'ont pas bénéficié, par exemple, aux plus pauvres des Noirs américains, mais à la bourgeoisie noire américaine.






A lire également pour compléter


Une recension du livre d'Alain Laurent "La société ouverte..." sur Libres.org

L'analyse d'A. L. au moment de la crise des banlieues (en 2005)

Son hommage à Jean-François Revel

Une recension de son livre sur le libéralisme américain (voir aussi ici)

Un article d'Alain Laurent sur l'individualisme

Son article sur le RSA : Le revenu de spoliation et d’assistance !

Sa critique du livre de Monique Canto-Sperber (Le socialisme libéral, une anthologie)

Une conférence d'Alain Laurent sur la responsabilité individuelle.

Une seconde sur l'exigence éthique du libéralisme

Une troisième sur le communautarisme


Une réislamisation massive (ch 6)


Une réislamisation massive, globalisée, conservatrice et offensive


On voit très souvent le monde islamiste provoquer de graves remous dans le monde par des attentats spectaculaires. "Mais ces convulsions violentes ne sont que l'écume bouillonnante." En effet, selon Alain Laurent, il faut surtout s'attacher aux évolutions de fond dans les pays musulmans comme dans le reste du monde, d'un l'islam traditionnel, rigoriste, obscurantiste et radical.


"L'état des lieux ne laisse guère place au doute sur l'ampleur de ce refus de la sécularisation."


Algérie : le gouvernement a fait adopter un code de la famille jugé archaïque par les associations féminines laïques; une loi promulguée en mars 2006 punit de prison toute personne qui tente de"convertir un musulman à une autre religion" (en mars 2008, Habiba Kouider, convertie au christianisme, est arrêtée, accusée de prosélytisme pour avoir transporté des Bibles.)
Tunisie : le port du voile se répand; et les femmes adoptent des comportements rigoristes.
Maroc : le port du hidjab devient la règle dans de nombreux endroits, certains enseignants "impies" sont stigmatisés, le Parti de la justice, islamiste, est arrivé en tête des élections de septembre 2007 et prône le retour des femmes à la maison;dans un sondage paru en 2006 dans l'Economiste, 50% des garçons veulent un femme voilée et pour 44% des Marocains, Al Qaïda n'est pas terroriste.
Turquie : "en marge du retour du voile (favorisé par le parti islamiste "modéré" AKP reconduit au pouvoir), des sondages indiquent que 60% des reprochent aux dirigeants politiques de "manquer de foi"; de multiples incidents ou crimes poussent les chrétiens à émigrer, et parlant des Turcs présents en Allemagne, le Premier ministre Erdogan soutient que leur "assimilation est un crime contre l'humanité." Le processus de réislamisation y devient si sensible qu'à l'été 2008, la Cour constitutionnelle a failli interdire le parti AKP pour "activités anti-laïques" et l'a sanctionné financièrement pour ce motif."
Egypte : emprise grandissante des Frères Musulmans sur la population.
Nigeria : "dans les douze provinces du nord-est, la charria s'est peu à peu imposée pour régler les moindres aspects de la vie courante, ce qui provoque des incidents violents avec les non-musulmans dont beaucoup s'enfuient de cette zone."
Afghanistan : "la nouvelle Constitution de 2003 dispose qu'"aucune loi ne peut être contraire aux valeurs sacrées de l'islam". Deux condamnations légales à mort annulées à grand-peine par des artifices juridiques et sous la pression internationale (celle de l'apostat Abdul Rahim en mars 2006 et celle de Perwiz Kambakhsh pour "interprétation erronée des versets du Coran").
Malaisie : "dans ce pays où comme en bien d'autres on naît automatiquement musulman et où l'islam est règle de droit, la Cours fédérale a en mai 2007 refusé de retirer la mention "musulman" sur la carte d'identité de l'apostate Lina Joy (née Azlima Jailami) qui voulait devenir chrétienne et a du se réfugier en Australie : car "on ne peut entrer et sortir d'une religion à sa guise"; des femmes y sont envoyées maintenant en "centre de réhabilitation islamique" si leurs moeurs laissent islamiquement à désirer."
En fait, "partout, l'islam demeure (parfois même, devient) religion d'Etat monopolitique, avec institutionnalisation plus ou moins adaptée de la charria en source principale de droit et de code légal."
Tout processus de ces pays de démocratisation s'avère fort difficile voire impossible et lorsque des élections ont lieu, elles donnent des résultats inquiétants, avec les victoires de partis islamistes "modérés" ou radicaux (sauf au Pakistan en janvier 2008).

L'allégation d'une immense majorité de "modérés" pacifiques, tolérants et ouverts est aussi à étudier. En effet, qu'il y ait des musulmans modérés n'est pas douteux mais qu'ils soient une majorité l'est beaucoup plus. Le clair et franc soutien aux libertés individuelles peine vraiment à se voir de la part de ces masses de musulmans "modérés." Les foules islamiques, souvent prêtes à clamer leurs indignations sont très silencieuses quant à un éventuel soutien aux "musulmanes libres".

Et que dire de leur soutien à Saddam Hussein et Ben Laden et à la liesse des populations à l'annonce des attentats du 11 septembre. "Cette abstention massive et ces indignations sélectives révoltent Irshad Manji : "Nous n'avons de cesse de déplorer l'exploitation de l'islam par les intégristes, mais quand l'occasion se présente de répliquer vigoureusement à leurs hurlements, nous nous retranchons dans le mutisme. Entre les clameurs des intégristes et le silence des modérés, quelle voix porte le plus ?"

J. F. Revel a beaucoup critiqué ce caractère hautement improbable de l'existence d'une immense majorité de modérés "ouverts et tolérants." Dans une chronique du Point (2 mars 1996), il déclare : "On souhaiterait que parfois cette majorité supposée se prononce de façon plus ouverte, se manifeste de façon plus massive contre l'intolérance des extrémistes." et il conclut, après les attentats du 11 septembre, dans L'Obsession anti-américaine : "La notion que 'l'immense majorité" des musulmans fixés en Europe serait modérée se révèle n'être qu'un rêve, ce qui fut mis spectaculairement en lumière durant les deux mois qui suivirent les attentats contre les Etats-Unis."


L'affaire des "caricatures" a démontré aussi la réislamisation de la France et surtout le vraie réalité de cette "majorité" de soi-disant modérés.En effet, les critiques virulentes contre la présentation de ces caricatures est venue de "modérés" de l'UOIF et du très officiel CFCM. Ainsi que du recteur de la grande mosquée de Lyon et de musulmans de base."L'adoption, en janvier 2008 à Bruxelles de la charte des musulmans d'Europe réclamant que l'identité islamique bénéficie dans l'Union d'une reconnaissance publique et d'une attribution subséquente de droits différenciés renforce l'idée qu'est ainsi en cours un processus sinon un projet d'islamisation du Vieux Continent."

Le fait d'un développement d'un "islam de marché", dans le domaine économique tendrait à démontrer la modernisation possible d'un islam archaïque. En fait il n'en est rien : car ces pratiquants musulmans de la liberté économique ne se convertissent souvent pas forcément en même temps aux autres requis de la liberté individuelle pour tous. Ils sont souvent fort attachés à la loi du Coran qui contiendrait selon eux en germe "tout le possible des libertés acceptables."
Autre argument aussi avancé aussi par les musulmans modérés : l'archaïsme de leur religion ne serait pas organiquement lié, en fait, avec la théologie ultime du Prophète. Mais alors pourquoi n'y a t-il aucune évolution positive sur des sujets qui "fâchent" comme l'asservissement des femmes, l'hyperréglementation de tous les aspects de la vie, le fanatisme etc...

Autre argument qui consiste à attribuer à l'"Occident impérialiste" la responsabilité principale de la radicalisation récente et dominante de l'islam, et de sa crispation réactionnelle..." En fait, on s'aperçoit vite que ces pressions occidentales se sont produites après les radicalisations de l'islam dans les différents pays."Comment donc expliquer, en l'absence alors de toute pression venue d'Occident, que dès l'indépendance obtenue ( début des années1960), les Etats musulmans anciennement colonisés se soient presque tous empressés d'instituer l'islam en religion d'Etat monopolitique si peu soucieuse des droits de l'individu ?"


C'est bien en fait à la base, le problème de l'antinomie intégrale entre l'individu libre et la structure originelle de l'islam qui bloque toute possibilité à cette religion de s'intégrer dans une société ouverte.


Tahar Ben Jelloum : "La société arabe et musulmane ne reconnaît pas l'individu." Hamadi Redissi, dans Le Monde, le 23/09/01 : "philosophiquement, l'islam a rejeté la souveraineté du sujet de Descartes ou l'indépendance des individus, au motif que Dieu aussi est souverain." En bref, presque nulle part dans le Dar el islam n'existent vraiment de la liberté démocratique (élections libres), de la liberté religieuse, de la liberté de penser et de la liberté sexuelle. L'homme est toujours placé sous la soumission à l'autorité et régi par des rites formels. La femme est doublement soumise : aux dictats de l'autorité masculine, elle-même soumise à la loi du Coran. La femme a éternellement le statut de mineur dans le monde islamique.

La violence est aussi une caractéristique intrinsèque à l'islam.
L'intolérance à tout ce qui n'est pas musulman est flagrante. "Une violence qui prend de plus volontiers la forme éruptive du recours brutal et belliqueux à la force." Cette violence se propage d'ailleurs d'abord entre musulmans, "les fondamentalistes n'aimant rien tant que massacrer leurs propres coreligionnaires..." Cf. les attentats et guerres en Algérie, Maroc ( Casablanca), Pakistan ( Karachi), Afghanistan, Somalie,(l'armée des Tribunaux islamiques) et Irak.


Un nouveau combat pour la société ouverte (ch. 5)


Depuis 2001, un discours critique des impostures et dénégations du pouvoir et un discours en rupture avec celui très convenu sur l'immigration et l'islam voient le jour. Les membres qui tiennent ces discours sont appelés "nouveaux réactionnaires".
Alain Laurent les nomme, pour sa part, "nouveaux résistants". Ce sont d'"authentiques antiracistes qui ont décidé de résister à la pente fatale qui mène des aveuglements et des compromissions à la capitulation devant ce qui subvertit l'ordre des sociétés ouvertes."

Il faut remarquer que ces nouveaux réactionnaires sont en partie "héritiers de la gauche anti-totalitaire des années 1975-1990 et qu'ils tendent à apparaître un peu partout en Europe.

Un contre-discours de résistance intellectuelle affirmative

Tableau non exhaustif de cette pensée résistante :

*Jean-François Mattei, à propos des émeutes de novembre 2005 note : "la trahison de la langue". "Quand on n'ose plus regarder les choses en face, on prend la parole pour mieux les occulter". "S'il y a trahison, c'est que par peur d'affronter les difficultés de notre société, on n'ose plus appeler un chat un chat" (Le Figaro, 3/11/05).
*Glucksmann (Le Figaro, 6/10/06) : la police des esprits exercée par des prêcheurs fanatiques et minoritaires".
*Muray (2004) : "Le respect de l'autre que chacun a à la bouche est une arme destinée à museler toute critique éventuelle".
*J.A. Léger (2004) : "peut-on dire que le prophète Mahomet fut un des grands criminels de l'Histoire, un chef de guerre, un assassin, un pilleur ? Oui."
*Jean-Pierre Péroncel-Hugoz "(longtemps collaborateur au Monde) pour qui "les médias, et les classes intellectuelles en général, professeurs, prêtres, politiciens, etc., vivent dans la terreur d'être traités de racistes.""(numéro hors-série de Cités : 303).
*Claude Lévi-Strauss : "J'ai dit dans "triste Tropiques ce que je pensais de l'islam. Bien que dans une langue plus châtiée, ce n'était pas tellement éloigné de ce pourquoi on fait aujourd'hui un procès à Houellebecq… Nous sommes contaminés par l'intolérance islamique." (Le Nouvel Observateur, 10/10/02).
*Ivan Rioufol et son bloc-note tenu chaque fin de semaine dans le Figaro "offre un rare exemple de constance dans la critique de l'immigrationnisme liée à la censure idéologique pesant sur ce thème..."
*Claude Imbert dans Le Point et ses éditoriaux qui "composent peu à peu un redoutable florilège de déconstructions en règle de la persévérance française dans la forfaiture, particulièrement fourni lors des émeutes de fin 2005 : "Le déferlement, depuis trente ans, d'une immigration incontrôlée si étrangère à nos croyances, à nos moeurs et à nos lois avait d'avance compromis le lent travail de biologie sociale que requiert une intégration heureuse..."
*J. Costa-Lacoux : "dans la plupart des pays occidentaux, on a fini par accepter, par lâcheté ou par intérêt, que des communautés se forment sur des critères de peau ou de foi religieuses et vivent repliées sur elles-mêmes."(Le Point, 10/11/05)
*Péroncel-Hugoz conteste aussi la prétendue xénophobie des "français de souche".
*Emmanuel Brenner : "une vaste communauté d'origine étrangère... dont le discours se situe parfois aux antipodes des normes occidentales."
*Christian Delacampagne : "Des communautés qui ont de plus en plus tendance à rejeter globalement les valeurs de leur pays d'accueil, qui le proclament ouvertement - et dont certains membres n'hésitent pas à passer à l'acte."(2003)

Ce contre discours s'attaque à des causes plus profondes que le simple ratage de l'intégration : la forfaiture de l'école est ainsi mise en avant.

*L'enseignante Barbara Lefebvre (le Monde, 8/03/06) : "L'impunité de ces faits [la violence des jeunes à l'école] a encouragé ces "délinquants du verbe" : les pouvoirs publics incarnés par les enseignants et les chefs d'établissements installés dans la "stratégie pédagogisante" de la négociation ont déserté le terrain du respect du droit; ainsi toute une génération d'éducateurs a t-elle choisi de ne pas assumer la responsabilité du monde qui lui incombait."(hors-série de Cités).
*Jean-Paul Brighelli, enseignant aussi : "En réalité ce sont des racailles [ceux qui brûlent des voitures] parce qu'on a cessé de leur donner la substance qui pouvait leur permettre de s'intégrer à la République."(Le Point, 19/10/06)
*A.-G. Slama : "Quant à l'école, devenue trop souvent le champs clos d'un renouveau de l'antisémitisme, du racisme et du sexisme elle aura été la grande victime de ces années de faiblesse devant les particularismes ethniques, religieux et identitaires" (Le Figaro, 9/11/05).

Toutes ces critiques sont le fait d'hommes et de femmes qui ne sont pas forcément du bord politique et qui sont donc souvent en désaccord avec les solutions à apporter.A propos de la discrimination positive, globalement "le contre-discours rejette cette proposition d'ingénierie sociale de manière argumentée et parfois virulente."CF Taguieff dans Le Point 6/05/04 et Slama (auteur d'un édifiant article intitulé "Contre la discrimination positive. La liberté insupportable" dans Pouvoirs, n°111,2004) : "nouvel outil d'oppression étatique, la discrimination politique..."

Anne-Marie Le Pourhiet, juriste : "voilà très exactement ce qu'est une discrimination positive : un passe-droit reconnu aux membres de catégories ethnico-culturelles ou sexuelles ayant réussi à se forger un statut de victimes d'une domination perpétrée par une catégorie de bourreaux qui ne sera pas fondée à s'en plaindre... On introduit bien le poison de l'ethnicité dans les critères de recrutement et de promotion. Or ce critère est foncièrement injuste et pervers. ("Pour une analyse critique de la discrimination positive", paru dans Le Débat, n°114, mars 2001).

Dans ce contre-discours, on trouve aussi des contributeurs qui n'interviennent que lors d'un passage dans un livre ou lors d'une déclaration occasionnelle. Exemple, Christian Jelen qui dans toute son oeuvre pourfend l'immigrationnisme, l'islamisation et les effets néfastes du politiquement correct.

La pensée-Revel

Revel apparaît comme le père fondateur de cette nouvelle pensée de résistance et de réaffirmation du Droit. Il s'agit, plus que d'une pensée simplement polémiste, d'une vraie philosophie politique où Revel se pose en "défenseur intransigeant de la démocratie" et en "adversaire sans concession du totalitarisme".
En 2002, il déclare : "Carence ou indulgence, l'inaction de l'Etat revient à officialiser en quelque sorte l'illégalité, de même qu'avait été officialisée l'absence de travail et de discipline à l'école". Il n'a de cesse de critiquer la forfaiture étatique, le retrait de l'Etat face à ses responsabilités."La peur d'être qualifiés de racistes a conduit les responsables politiques à escamoter l'origine ethnique de cette guerre des rues..."

Sur l'impérialisme théocratique d'un certain islam, Revel déclare : "les systèmes de pensée incluant, dans leur principe originel même, un projet de conquête universelle ont été le nazisme, le communisme et l'islam"(1992).
Il attaque avec virulence le communautarisme à la française qui favorise de façon éhontée la communauté musulmane et qui contredit tous les principes d'une société ouverte : "non seulement nous avons des communautés, ce qui contrarie toute notre tradition républicaine, mais l'une d'elles s'en prend à une autre" (dans L'Obsession anti-américaine, à propos de la vague d'antisémitisme islamiste en France après le 11 septembre).
En matière de religion : "Notons-le toutefois, cette assimilation du scepticisme religieux, c'est à dire de la libre pensée, à la haine raciale est une trouvaille récente, inventée au seul profit de la religion musulmane."

Corpus d'idées-forces de Revel
La démocratie comme régime exclusivement fondé sur les individus disposant d'une pleine liberté de penser et de conscience, la laïcité comme indispensable principe démocratique de coexistence pacifique entre ces individus, et l'existence non moins nécessaire d'un Etat de droit soucieux de faire respecter cette liberté et cette laïcité.
La liberté de penser est fondée sur le principe de laïcité essentiel pour Revel : cette laïcité est un élément constitutif d'une démocratie et s'il est à nouveau réapparu dans les débats, c'est bien à cause de la pression de la menace islamique.
Ces principes de liberté de penser et de laïcité ne seraient rien sans un Etat de Droit vraiment appliqué. Revel reprend fermement position contre toute idée de discrimination positive et appelle à la "vigilance anticommunautariste."
Enfin, Revel prône un accueil raisonné d'une immigration et un islam évolué ce qui respecte les principes d'une société ouverte et dénie par contre tout lien avec une pensée d'extrême droite (qui prône l'immigration-zéro et encourage l'islamisme radical).

Faux"néo-réactionnaires" et vrais défenseurs de la société ouverte
Ce sont les milieux bien-pensants qui vont qualifier cette pensée résistante de "néo-réactionnaires" dans les années 2005-2006 comme si c'est derniers étaient là pour restaurer un nouvel ordre moral traditionnaliste et puritain. Or ces résistants sont simplement animés "d'un esprit de résistance" face à l'esprit conquête" selon Zarka (hors-série de la revue Cités), esprit de conquête d'un certain islam.La caractéristique de ces esprits libres et réfractaires est qu'ils viennent pour un grand nombre d'entre eux de la gauche voire de l'extrême gauche "et entendent pour quelques-uns continuer à s'y situer - tout en s'insurgeant contre les trahisons de leur famille idéologique d'origine envers la laïcité, l'individualisme égalitaire et la liberté de penser."
Certes, certains "résistants proviennent de la droite libérale mais ils sont peu nombreux, croyant de plus que "le libre marché ajouté à la tolérance suffirait à régler tous les problèmes d'immigration ou posés par l'islam."
La pensée résistante est surtout le fait d'individualités en rupture de gauche, qui raniment l'esprit de cette gauche anti-totalitaire qui a joué un si grand rôle dans la divulgation finale de l'imposture communiste dans les années 1975-1980. Même tentations de nier une réalité, même cheminements laborieux et déchirants conduisant pour certains "à une prise de conscience par simple probité intellectuelle et sous les chocs répétés du réel."

Retour aux textes et itinéraires de certains pour expliciter le propos :

L'écrivain Thierry Jonquet dans son roman Ils seront votre épouvante et vous êtes leur crainte (2006) décrit "sans œillères la sordide réalité faisant l'ordinaire de la vie dans les "quartiers sensibles".Il déclare dans la revue "Le meilleur des mondes", n°2, octobre 2006 : "l'escroquerie intellectuelle a commencé quand on a cherché à justifier leurs actes" en évoquant "l'hyperviolence gratuite" des voyous et émeutiers.

Robert Redeker :
Ce philosophe adepte de "la gauche laïque républicaine" écrit un article dans Le Monde paru le 22/11/01 où tout était dit de sa pensée résistante : "la religion musulmane est une régression barbarisante" qui "se substitue au communisme". Il met en cause " les intellectuels qui font preuve vis à vis de cette idéologie d'un aveuglement et d'une complaisance délétères pour l'intelligence. Enfin, il loue "le capitalisme" qui "fait surgir des ères de civilisation qui permettent un plus grand épanouissement de la liberté." Le 6 octobre 2006, dans Le Nouvel Observateur, il confie : "J'ai découvert un mot, l'Occident, que je n'avais jamais revendiqué auparavant. J'ai réalisé que les valeurs qu'il recouvrait me permettaient de vivre."
Redeker continue dans un ouvrage collectif La République brûle-t-elle ? avec un article intitulé : "le nihilisme et l'assourdissant silence des émeutes banlieusardes" : "Alors qu'on leur construit une identité de victimes - victime du pays dans lequel ils vivent, et dans lequel il faudrait qu'ils s'intègrent, en l'aimant." Enfin, parution du fameux article-polémique dans le Figaro, avec deux semaines après sa parution, un appel en faveur de Redeker, menacé de mort : "Les temps en Europe redeviennent durs. L'heure n'est pas à la lâcheté."

Les écrivains-philosophes Bruckner et Finkielkraut :
Noyau dur emblématique de cette pensée résistante. En 1983(!), Pascal Bruckner, dans Le sanglot de l'homme blanc, prédit le lutte anti-occidentale (après l'effondrement du communisme), le tires-mondisme et l'anti-colonialisme idéologiques en lien avec le "relativisme culturel" érigé en "nouvelle conformité", de la "tolérance universelle obligatoire." Surtout le livre dévoile le fond où s'enracine le politiquement correct : "la haine de soi, dogme central de notre culture", la propension à "l'autoflagellation", "le miltantisme expiatoire."
En 1987, Finkielkraut publie La défaite de la pensée qui complète le diagnostic.Il vise "la société multiculturelle", "l'individu multiculturel". "L'identité culturelle a deux bêtes noires : l'individualisme et l'universalisme." L'individu européen n'a pas sa place dans une logique identitaire, il est assimilé à un phénomène culturel et c'est tout. Or, c'est en s'érigeant contre sa culture que cet individu occidental a gagné ses libertés. Les droits universels et égaux de cet individu le protège de toute régression alterculturelle, surtout de toute régression vers une "culture" néfaste qui "prône des châtiments corporels aux délinquants, la répudiation des femmes stériles, la condamnation à mort des femmes adultères, etc., etc. Le principe de société ouverte est clairement explicité par Finkielkraut pour montrer qu'il est clairement l'enjeu de ce combat : Taguieff ( étude plus approfondie au Chapitre 7) dans La République enlisée - pluralisme, communautarisme, citoyenneté (2005) évoque "les ennemis de la société ouverte".

Le ralliement d'intellectuels juifs à la cause de la nouvelle résistance est enfin à noter (2) : en mai 2006, création de la revue Controverses animée par le philosophe Schumuel Trigano qui avait auparavant écrit dans un livre intitulé La démission de la République : "Ainsi exemptera-t-on tous les contrevenants de leur responsabilité puisqu'ils étaient des immigrés..." et contre la censure dans "Le triomphe de la novlangue" (titre du chapitre 4 de son livre) : "au lieu de nommer l'identité des délinquants des cités en très grande majorité d'origine immigrée, on les désigne sous la catégorie générique de "jeunes".
"La novlangue obéit à une logique communautariste : elle fait l'impasse sur l'individu en tant qu'il est responsable, au nom de son appartenance à une identité collective... ce qui revient à reporter la faute sur la collectivité alors que seul l'individu peut répondre d'une infraction pour les actes commis."
Contre le refus de voir le désordre engendré par une immigration de masse non contrôlée : "L'arrivée de plusieurs millions d'étrangers dans une société qui a déjà son histoire" occasionne un véritable séisme.
Tous ces discours réactionnaires de gauche comme de droite ne traduisent pas une "lepénisation" des esprits comme veut le faire croire le bien-pensance. Ils transcendent en fait les discours de gauche et de droite.

Une résistance pro-société ouverte à l'échelle européenne ?
"A l'extérieur de l'hexagone, le seuil critique atteint par les menaces que la suppression migratoire, l'islamisation, la non-intégration d'une partie de l'immigration mais aussi l'hégémonie idéologique de l'angélisme anti-raciste et du multiculturalisme font peser sur l'état de Droit incite aussi une minorité d'esprits progressistes ou libéraux à entrer en résistance intellectuelle active et exposer leurs préocupations en rompant avec la novlangue de bois."

Le politologue italien, Giovanni Sartori, libéral classique, dans son ouvrage Pluralisme, multiculturalisme et étrangers (2003) écrit : "La société ouverte : jusqu'à quel point? Karl Popper ne répond pas à la question car elle ne se posait pas à son époque. Mais l'agression multiculturaliste et, de l'extérieur, les pressions migratoires, la rendent nécessaire.""Le vrai pluralisme défend tout en la freinant une diversité qui, laissée à elle-même, se dégrade inévitablement en "séparation et en démembrement de la société".
"Ne peut être intégré que se qui est intégrable : cela exige volonté individuelle et abandon d'une différence culturelle trop réservée et affichée."
Sartori prend soin de distinguer les individus et le fait islamique. Ce que ne fera pas Oriana Fallaci dans ses ouvrages où les incriminations sans nuances sont nombreuses, même si le discours de fond tient une grande part de vérité.

Aux Pays-Bas, le sociologue Paul Scheffer (membre du parti socialiste PVDA), auteur d'un essai prémonitoire en 2000, Le drame multiculturel, "critique durement le comportement d'une partie de la population issue de l'immigration et l'idéologie politiquement correcte du multiculturalisme communautariste."Dans un des entretiens donnés à la presse française, il ajoute : l'intégration, "C'est non pas la neutralité, mais une culture de liberté qu'il faut défendre face à ceux qui ont vécu dans une société autoritaire" (L'Express, 15/11/04).et : "Mais la tolérance ne peut être passive, elle ne peut survivre que dans des limites claires. Les droits s'évaporent lorsque les citoyens n'ont pas un sentiment de loyauté et d'engagement.D'accord pour les immigrés aient une double nationalité. Mais pas d'accord pour une double loyauté ou une demi-loyauté." ( Le Figaro, 13/01/05) et "Il est temps de confronter les musulmans à leurs devoirs, dont celui de défendre la liberté d'expression pour d'autres croyances, ainsi que pour les hérétiques, ceux qui ont renoncé à l'islam."Fritz Bolkenstein, ex-commissaire européen "honni en France pour cause de "plombier polonais", "vigoureux apôtre du "moins d'état"" s'alarme sur une Europe convertie au relativisme culturel.
Enfin, Geert Wilders ( qui a pris la tête du Parti après l'assassinat de Pym Fortuyn), dans un programme intitulé Choisissez la liberté! (2005) prône "une lutte sans merci contre "l'islamisation de la société néerlandaise", l'interdiction du port de la burqa, une répression plus ferme de la délinquance, le retour à la liberté d'expression et le suspension pour cinq ans de l'immigration non occidentale car les Pays-Bas sont pleins." "Nous sommes lâches en Europe quand il s'agit de lutter pour nos propres droits".
Wilders entend aussi "lutter contre les discriminations qui frappent les musulmans ordinaires" et récuse toute idée de préférence nationale ( ça, c'est un discours Lepéniste). "il faut opérer une distinction entre l'islam et les musulmans, ces derniers pouvant dans leur majorité préférer nos valeurs." ( propos extraits de l'entretien à Politique internationale, n°112,juillet 2006) .

Au Danemark : Käre Bluitgen, l'initiateur des fameuses "caricatures de Mahomet", écrivain de sensibilité gauchiste et tiers-mondiste, dans un essai intitulé Au bénéfice des Noirs(2002) dénonce le renfermement croissant d'une partie de la population immigrée locale d'après son expérience personnelle d'habitant d'un faubourg de Copenhague.
Deux auteurs (Ralf Pittelkow, ancien conseiller du Premier ministre socialiste Rasmussen, devenu chroniqueur au conservateur Jyllands-Posten et Karen Jespersen, qui a démissionné en février 2007 du parti social démocrate pour se rallier aux libéraux...) d'un livre à succès, Islamistes et naïvistes (2006) "une rude critique de l'alliance idéologique entre islamistes européens anti-société ouverte et les "idiots utiles" du droit-de-l'hommisme."

En Grande-Bretagne : le nouveau contestataire n'est rien de moins que le très respecté sir Trevor Phillips "lui-même d'ascendance immigrée (des parents originaires des Caraïbes)" ainsi que, début 2008, l'écrivain Martin Amis dans un brûlot anti-islamiste, The second Plane et aussi le nouveau maire de Londres, Boris Johnson qui déclare que l'islam est "la plus vicieuse et sectaire des religions..."

A suivre...

(Merci à ma chère épouse pour son aide précieuse dans la lecture et la synthèse du texte)

06 décembre 2008

Xénophobie, extrême droite : la mystification (ch.4)


Alain Laurent écrit :

"Dans beaucoup de nations européennes, une proportion notable et en constante progression de citoyens accepte de moins en moins de devoir passivement subir les multiples désordres provoqués par l'afflux hors de contrôle d'une immigration de peuplement et d'ayants droit, les ratages de l'intégration d'une partie de la population issue de l'immigration déjà installée et de la transplantation durable d'une pratique traditionaliste ou rigoriste de l'islam incompatible avec le droit commun national ou, plus largement, avec les règles en usage dans une société ouverte."

Ces citoyens sont d'autant plus indisposés qu'ils constatent l'impuissance des pouvoirs publiques à résoudre les problèmes ou, pire, sa volonté de les minimiser ou de les occulter. Ces citoyens doivent de plus se soumettre aux nouveaux dogmes d'une société multiculturelle et aux dogmes de la bien-pensance. Ceux qui résistent sont alors accusés d'être "racistes" et "adeptes des idées d'extrême-droite".

"Je propose donc maintenant de montrer que ces imputations de xénophobie sont dénuées de tout fondement sérieux; qu'elles reposent sur une incompréhension délibérée et loin d'être innocente des vrais motifs d'exaspération..."

Une protestation non xénophobe


La France a changé depuis trente ans. Désormais, il est difficile à un "Gaulois" de retourner dans certains quartiers de banlieue auparavant paisibles; certains centres ville peuvent être mis à sac par des razzias venus de quartiers dits sensibles et surtout la France qui était si laïque "( plus personne ne parlait de laïcité tant elle allait consensuellement de soi...)" doit maintenant afficher une "charte de la laïcité" dans certains lieux publics.

La dégradation intervenue dans la vie quotidienne des gens les exaspère."Et l'indulgente impunité dont continuent à bénéficier les jeunes voyous a fini de les révulser." D'autant que beaucoup de migrants antérieurs à ces derniers arrivés se sont installés et intégrés en France sans faire de désordre ni exiger de changer les règles d'une société ouverte. Enfin, les citoyens se scandalisent de payer par le biais de leurs impôts des factures dues à cet afflux d'immigration : "une dette d'un milliard d'euros rien qu'au titre de l'aide médicale d'Etat : chiffres 2007" et les réparations des dégâts dans chaque ville concernée par les émeutes ou désordres quasiment quotidiens. ("politique de la ville").

"Quand ils entendent dire que tous les griefs relèvent du fantasme ou d'une exagération à relents xénophobes, pour eux la coupe est pleine." Qu'on se rappelle tout de même certains faits : février-mars 2005, lors des manifestations lycéennes, violences racistes commises aux cris de "on va casser du Blanc"; émeutes de novembre 2005, insurrection de Villiers-le-Bel en 2007("affrontement armé unilatéral : des dizaines de tirs d'armes à feu avec volonté de tuer dirigés contre des policiers qui ne ripostent pas et ont 80 blessés par balles ou plombs."). "La France est entrée dans une ère de guérilla larvée". Et les citoyens n'en peuvent plus de cet état de fait.

Des rapports officiels ravivent de plus leur inquiétude : le fameux rapport Obin, (cf. le chapitre 3 recensant les dégradations dans l'enseignement en ZEP), le rapport, fin 2006, de l'Institut national des hautes études sur la sécurité sur le "neuf-trois" qui parle de "déferlante de violences" avec une délinquance "hors-normes" et enfin le rapport interne de la CGT à propos des violences sur les agents des services publics dans les "cités interdites"("l'expression figure en intertitre dans le dossier du Nouvel Observateur qui en rend compte").

Et les rapports de l'ONU ne sont pas en reste pour raviver l'exaspération des citoyens français : Kofi Annan de déclarer le 29 janvier 2004 ( il est alors secrétaire général de l'ONU) : "les sociétés européennes doivent s'adapter à ceux qui les accueillent". Les rapports de l'ONU d'octobre 2005 puis d'avril 2007 "affirment péremptoirement que ces mêmes sociétés "vieillissantes" doivent sans tarder s'ouvrir à une "immigration de peuplement". Enfin le rapporteur de l'ONU pour la xénophobie, Doudou Diène accuse la politique française d'immigration de porter"une dynamique de légitimation du racisme".

Les citoyens "en colère" ne pensent pas du tout être "racistes" comme le déclare à l'envie la bien-pensance. Simplement, selon eux cette immigration de masse mal contrôlée est la cause de cet échec de l'intégration et des désordres en France.

"Une partie des migrants ignorent les codes sociaux... et se trouvent destabilisés. (...) Pâtissant de cette fracture culturelle, ils tendent à se replier sur leur mode de vie communautaire et la culture des origines : mesure de protection conservatoire..."

La ghettoïsation n'est nullement le fait d'une politique sociale mais simplement d'une tendance spontanée. Ces structures "infra-sociétales" sont l'effet pervers de cette ghettoïsation de masse.

L'effondrement d'autre part de l'autorité parentale explique la surdélinquance des jeunes de la deuxième ou troisième génération de l'immigration. Le chômage de ces pères immigrants sans qualifications explique leur absence d'autorité sur une progéniture souvent ultranombreuse."Abandonnés à eux-mêmes, vivant essentiellement entre eux dans la rue, ces jeunes pratiquent avec assiduité l'absentéisme scolaire..." et provoquent la spirale de la violence et du chômage.

"La plupart des citoyens exaspérés ne rejettent nullement l'Autre en soi mais certains "autres" en raison de leurs comportements ancrés dans la violence ou d'hostilité aux règles de vie en Europe et non de leur "origine" ou "race". Par contre leur exaspération s'érige contre l'Etat. Ces citoyens non racistes "demandent tout simplement qu'enfin l'Etat exerce pleinement ses responsabilités régaliennes en faisant respecter partout en France et aux frontières les règles de l'état de Droit et en pratiquant la tolérance zéro sans distinction d'origines..."

Vrai racisme et nouveaux vrais visages du fascisme

"Etre opposé à l'immigrationnisme et à l'emprise de l'islam traditionaliste sur la société française, c'est être "xénophobe" et "islamophobe" : telles sont les nouvelles tables idéologiques de la loi qui s'est imposée en France - et bien ailleurs en Europe." La manipulation intellectuelle est claire : faire passer l'exaspération ou l'inquiétude des gens pour du racisme.

Définition du vrai racisme : "en toute rigueur, ne mérite d'être qualifiée de raciste que la réclusion à priori de l'identité des individus dans l'appartenance à un groupe défini par des caractéristiques biologiques fortes (un déterminisme collectif des compétences personnelles) le plus souvent réductrices et péjorantes - alibi à un projet d'exclusion."
Exemple de vrai racisme : "celui qui sévit actuellement en Russie ou en Allemagne orientale dans les meurtriers pogroms anti-immigrés qui se multiplient".

Analyse de Revel : il y a une tendance à attribuer "à un racisme a priori, doctrinal et métaphysique, les réactions d'inquiétude et les difficultés inévitablement éprouvées par les populations d'accueil" (1999). Les partisans d'une totale liberté d'immigration " n'ont nul droit de taxer de facisme, de racisme et de vichysme les citoyens qui craignent les répercussions chaotiques et néfastes d'une régularisation automatique de tous les arrivants illégaux, autrement dit d'une suppression totale des contrôles."(2000)

L'amalgame entre xénophobie/racisme et étiquette "extrême-droite" est vite opéré et c'est ainsi que tout le monde se retrouve sous cette cet amalgame : "les idées de l'extrême-droite incarnées par J.M. Le Pen continuent de se banaliser" (le Monde, 27/12/05): la lepénisation serait en marche.

La plupart des citoyens qui ont voté Le Pen ou qui ont simplement repris les idées anti-immigrationnistes l'ont fait non par vrai racisme mais par protestation et aussi parce qu'ils n'avaient pas d'autre choix. Ce choix protestataire fait en désespoir de cause et faute d'une issue alternative ne préjugeait en rien d'une adhésion idéologique à tout le reste - de loin le plus important - du projet d'un parti cultivant le nationalisme identitaire ( ce macro-communautarisme !), autoritaire, anti-laïque, hyper-protectionniste, réellement xénophobe ( de l'antisémitisme avoué au rejet de toute immigration et à la dénonciation des "étrangers" volant l'emploi des "nationaux") et partisan d'un ordre moral puritain, paternaliste et rétrograde... et donc ennemi de la société ouverte comme l'ont toujours été les formations d'extrême-droite.

Le Pen, "ennemi avéré de l'Occident": il faut se rappeler son antiaméricanisme et anti Israélisme viscérals ( "il jugeait le 21 septembre 2001 que les Etats-Unis avaient bien cherché et mérité ce qui leur était arrivé le 11 septembre) et Le Pen, pro islamiste avéré : sympathie marquée pour l'Iran de Khomeiny et des ayatollahs dont le programme nucléaire actuel destiné à anéantir Israel est formellement approuvé, par une compréhension manifestée envers le FIS algérien, puis un appui sans faille au régime de Saddam Hussein jusqu'au plus fort de l'intervention américaine en Irak.

Mais ce vrai racisme a été complètement ignoré par la plupart des gens qui adhéraient aux idées d'extrême droite à cause de la capitulation de l'Etat face à l'immigration massive non contrôlée et pire face à la dénonciation de ce même Etat des gens qui tentaient de dévoiler les désordres engendrés par une partie de cette immigration non contrôlée."Pendant quinze ans, ce fut un crime, politiquement incorrect, de faire observer qu'une immigration anarchique... provoquerait une réaction de rejet dans la population."
"Le Front National ne reculera que si ces erreurs sont reconnues et corrigées". Ces mots de Revel datent de 1999, et effectivement, le Front National s'est dégonflé comme une baudruche le jour ou la droite a repris à son compte le thème de la sécurité et de l'immigration.

Extraits de courriers reçus par le Monde suite à un éditorial du 8 juillet 2006 s'opposant à l'expulsion d'enfants scolarisés de clandestins : "C'est une faute morale de soutenir l'installation sauvage d'immigrés arrivés irrégulièrement"; " ... à l'évidence l'intégration des immigrés se passe mal (ils sont hyper-surreprésentés dans la population des prisons par exemple), l'immigré est toujours présenté comme une victime, et toute tentative pour limiter les flux comme une dérive fascisante."

Le vrai fascisme actuellement : où le trouver ?

Les belles âmes de l'anti-facisme" n'ont pas vu arriver un réel danger de facture formelle typiquement fascisante, mais sur l'autre bord du spectre idéologique où elles se refusent à l'identifier comme tel. D'abord à l'extrême gauche, avec un "fascisme" rouge agissant et à bien des égards idéologiquement proche du fascisme classique d'extrême droite (antisémitisme xénophobe à peine dissimulé sous l'anti-sionisme et la haine d'Israël, anti-parlementarisme, anti-américanisme, anti-libéralisme...)
Ces nouveaux fascistes, bien souvent héritiers ou admirateurs des commandos Action Directe, Brigades Rouges, etc.... s'allient avec des islamiste radicaux trouvés dans les banlieues ("islamo-fascisme") :

"Pourtant, entre l'intégrisme islamique, ce néo-fascisme vert, et le fascisme noir européen la similitude tripale doctrinale ressort de l'évidence : commune fascination pour la violence et la mort sacrificielle... bien sûr, mais aussi même haine pour les femmes, les homosexuels, les juifs, l'individualisme; et même aspiration à la fusion dans le tout d'une vaste communauté close..."