Accéder au contenu principal

Le rousseauisme sociologique

Extrait de l'émission "Les matins de France-Culture" de Nicolas Demorand, le 28 Novembre 2005 de 8h à 9h, avec Alain Finkielkraut et Sylvain Bourmeau.

Finkielkraut analyse le rousseauisme qui sous-tend l'analyse sociologique des événements.

Extraits ci-dessous d'un article du philosophe Robert Redeker dans Le Figaro : Le nihilisme culturel imprègne les émeutes banlieusardes (28 novembre). Dans cet article, il distingue la conception philosophique de la culture, de la conception sociologique :

"L'incompréhension, par les jeunes de banlieue, de cet imaginaire national, et le déchaînement de violence appuyé sur cette incompréhension, trouve son explication dans la victoire de la conception sociologique de la culture sur sa conception philosophique. Pour la sociologie, servant de base à tous les travailleurs sociaux, médiateurs, intervenants en banlieue, «la» culture n'existe pas ; seules existent «les» cultures, toutes également légitimes. A force de marteler que «la» culture est oppression, élitisme, qu'une pièce de Shakespeare n'a pas plus de valeur qu'une chanson, et qu'un vers de Racine ne vaut pas mieux qu'un couscous, comment s'étonner qu'on brûle des bibliothèques ?

On ne cesse de dévaluer «la» culture (sens philosophique du mot) et de surévaluer, au nom du différentialisme, «les» cultures (sens sociologique), dans leur pluralité. Les travailleurs sociaux ne cessent, dans les banlieues, d'incriminer la France, au nom de l'anticolonialisme, de l'antiesclavagisme, et son histoire.

Ils ne cessent de rendre la France non désirable. Comment s'étonner de la non-intégration, alors que ces jeunes se sentent justifiés dans ce qu'ils sont, autorisés à refuser les règles de la citoyenneté puisque tout est légitimé ? Dans ce cadre, il devient impossible de poser des idéaux régulateurs : un modèle idéal de l'homme, un modèle idéal du citoyen. Les définitions de l'homme et du citoyen entrent, du fait du pluralisme culturel, en concurrence aux dépens des jeunes de banlieue, qui ne savent plus à quoi il faut essayer de ressembler puisqu'on leur a enseigné que tout se vaut. Le nihilisme est la situation d'égalisation des cultures dans laquelle le travail social enferme depuis trop longtemps les populations des banlieues.

Ce n'est pas la pauvreté, c'est-à-dire une situation sociale, qui engendre la violence anomique et insensée, mais le nihilisme, c'est-à-dire une construction culturelle. Par la faute d'un type d'intervention culturelle trop complaisant avec toutes les différences, les jeunes de banlieue ne disposent plus d'aucun concept du citoyen ou de l'homme pouvant faire office d'idéal régulateur. La disparition de ce type d'idéal, horizon reconnu et intériorisé par tous, est un résultat de la domination de la vision sociologique de culture – «les» cultures – sur la vision philosophique – «la» culture. La surévaluation des cultures, de toutes les cultures, et le fétichisme de la différence l'accompagnant, entraîne un effet inattendu : l'impossibilité, pour des populations issues de cultures étrangères, de s'amalgamer à la culture nationale et républicaine de la France. Caractérisées par l'absence de sens, les émeutes des banlieues s'expliquent avant tout par le nihilisme auquel a conduit une politique culturelle inspirée de la sociologie plutôt que de la philosophie."

Commentaires

Anonyme a dit…
Je ne peux que me souvenir de "la défaite de la pensée" à l'évocation de ces quelques lignes duFigaro. Finkielkraut y analyse avec précision les mécanismes qui ont amené l'ecole à considérer une paire de botte de marque au même rang qu'une piéce de Shakespeare. Pis encore, il y souligne le fait qu'il est devenu impossible aujour'hui de remettre en cause cette affirmation sans être immédiatement taxé de conservateur réactionnaire... En un sens l'affaire des déclarations de Finkielkraut récemment s'incrit dans cette lignée. Mais le règne de la bienpensance n'est pas fini et il y a fort à penser que le modèle républicain (qu'il faut adapter par ailleur) va continuer de se disolver ds l'égalitarisme à marche forcée.
Anonyme a dit…
Je suis d'accord avec toi Sebastien mais allons vraiment chercher les bases de ce relativisme culturel :
La Trahison des Clercs de J.Benda publié en 1927.
Anonyme a dit…
J'aurais du en effet préciser que c'était dans l'oeuvre de Benda que Finkielkraut avait trés largement puisé pour écrire "la défaite de la pensée". Benda critique effectivement ce qu'il considére comme une trahison de la part des clercs, à savoir l'engagement des intellectuels auprés des laïc. Alors que les clercs s'occupaient des choses intemporelles, ils plongent selon Benda ds la pasion et le relativisme du monde politique. Ecrit en 1927, cet essais méconnu garde toute son actualité...

Posts les plus consultés de ce blog

Citation de Saint Augustin sur la loi

Saint Augustin est cité dans la joute finale du film The Great Debaters . Voici la citation complète : « Oserons-nous dire que ces lois sont injustes, ou plutôt qu’elles ne sont pas des lois? Car à mon avis, une loi injuste n’est pas une loi. » Saint Augustin, Traité du Libre Arbitre , chapitre V A lire : Treize notions-clés chez saint Augustin On trouve aussi cette citation dans un passage de Martin Luther King Jr. :

James Buchanan et la théorie des choix publics

James Buchanan, lauréat du prix Nobel d’économie en 1986, vient de décéder à l'âge de 93 ans, est l’initiateur de l’économie des choix publics (ou analyse économique de la démocratie). Publié en 1975, Les limites de la liberté : entre l’anarchie et le Léviathan a donné à cet économiste américain sa place parmi des philosophes politiques tels que John Rawls ou Robert Nozick, en tant que « contractualiste ». Pour l'occasion, nous republions cet article de vulgarisation écrit l'an dernier. Par Damien Theillier Elections, piège à cons ? Selon la théorie des choix publics, développée à l'Université George Mason de Virginie par les professeurs Gordon Tullock et James Buchanan, les élections font partie intégrante d’un marché politique. Les acheteurs de ce marché, les électeurs, recherchent des faveurs et des privilèges du gouvernement. Les politiciens sont les fournisseurs de ces faveurs et de ces privilèges, dans le but de satisfaire les intérêts de la majorité.

Hegel et la divinisation de l’État

Par Damien Theillier* Le XXe siècle fut le siècle de la croissance ininterrompue de l’État. Mais pour comprendre ce phénomène, il est nécessaire de regarder un peu en arrière. C’est en effet à partir de la Révolution Française qu’on trouve les grands théoriciens de l’État moderne. Et Hegel fait partie de ceux-là. Dans  La société ouverte et ses ennemis  (1945), Karl Popper range la pensée hégélienne, avec celle de Platon, au nombre des ennemis de la société ouverte. Selon lui, les idées principales du totalitarisme au XXe siècle sont presque toutes directement inspirées de Hegel : nationalisme, marxisme, fascisme. Pour notre part, nous nous contenterons de souligner l’apport original de Hegel à deux grandes idées constitutives de la pensée moderne et contemporaine, de droite comme de gauche : l’historicisme et l’étatisme. L’historicisme L'historicisme est une doctrine philosophique qui affirme que les connaissances, les courants de pensée ou les v...