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Libéral, auras-tu ton bac ?

Plusieurs articles ces jours-ci s'intéressent au bac et soulignent un certain nombre de dysfonctionnements dans l'enseignement au lycée :

D'abord concernant le bac de philo :

Vidéo d'un prof de philo : Libéral tu n'auras pas ton bac

Bien sûr, tout cela est inquiétant. Mais dans les commentaires de l'article, je relève ce que dit avec beaucoup de bon sens un élève :
Personnellement, je viens de passer le bac de philo et, à condition d’être prudent, je pense que l’on peut tout à fait soutenir des positions libérales (bon ok, j’ai pris mes précautions en citant Marx d’abord et Hayek ensuite).
Ce pourrait être un de mes élèves. En effet, je leur dis toujours : vous pouvez penser ce que vous voulez et vous pouvez tout dire, à une condition : argumentez. Toutes les vérités sont bonnes à dire si elles sont développées avec cohérence, fondées sur des références philosophiques, des lectures académiques (pas le journal TV). Disons qu'il faut ruser. Mettre dans sa copie ce qu'on aime et ce qu'on pense mais toujours sur un ton académique et jamais dans le moralisme ou le ton vindicatif. Les correcteurs (quelles que soient leurs convictions) veulent du raisonnement et des connaissances, pas des tribunes ou des billets d'humeur !! Je suis moi-même correcteur et j'attends qu'un élève qui a ses convictions propres soit capable des les exposer avec finesse et surtout avec des arguments rigoureux, des références bien maîtrisées. Et une chose que les correcteurs apprécient : toute affirmation doit être transformée en question. Autrement dit, il ne faut pas être dogmatique mais soumettre chaque point de vue à des objections ou à des interrogations.

Le second problème concerne le bac d'économie :


Je recommande la lecture des commentaires 7 et 8. Le commentaire 8, qui provient certainement d'un professeur d'économie, dit ceci (je résume) :
L’enseignement de l’économie en lycée cherche à donner un premier aperçu des savoirs universitaires. Le sujet d’économie traite du rôle de l’innovation. Il est fondé sur les nouvelles théorie de la croissance (un des textes cités est l’ouvrage d’introduction de D. Guellec, qui fait référence). Ces théories sont fondées sur l’hypothèse qu’il y a des externalités qui rendent nécessaire l’intervention des pouvoirs publics. Voilà le coeur de l’analyse du savoir économique dominant ("mainstream") en économie aujourd’hui.
Autrement dit l'enseignement de l'économie en lycée est fondée sur une théorie économique bien particulière, celle qui prétend que le marché fonctionne mal mais que, grâce à l'action de l'Etat, tout rentre dans l'ordre. C'est l'Etat sauveur du marché ! La théorie néo-keynésienne est donc enseignée comme un dogme. Evidemment, les dysfonctionnements de l'Etat ne sont pas ou peu étudiés. L'école des choix publics est ignorée, les contradicteurs de Keynes sont inconnus ou alors traités vulgairement d'amateurs, d’extrémistes, de partisans de Pinochet etc. Voilà qui donne un aperçu assez clair de l'absence de pluralisme dans l'enseignement des sciences économiques et sociales, le tout sous des apparences de neutralité scientifique. Inquiétant...

Commentaires

SM a dit…
La matière n'est pas l'économie, mais les sciences économiques et sociles. Sociales signifiant sociologie, ou autre chose, ce n'est pas précisé. Ce qui montre le dédain pour l'économie en France. L'économie est le parent pauvre dans les librairies, les bibliothèques.
Anonyme a dit…
"Les correcteurs (quelles que soient leurs convictions) veulent du raisonnement et des connaissances, pas des tribunes ou des billets d'humeur !!"

Le problème est que c'est un raisonnement dogmatique qui est attendu : axiomes arbitraires, déduction logique de quelques thèses radicales et tranchées à partir de ces axiomes, quelques faits empiriques soigneusement sélectionnés pour confirmer ces thèses. Le "rationalisme naïf" décrit par Hayek.

Puisque c'est un raisonnement dogmatique qu'on attend, il est facile de faire passer ça pour une tribune ou un billet d'humeur au cas où le correcteur n'apprécie pas la thèse défendue; et si l'élève fournit un raisonnement non dogmatique, un raisonnement qui comprend qu'on ne peut être tranché en faveur d'une thèse radicale à chaque fois, qu'on peut être tranché en faveur d'une thèse modérée ou refuser de trancher entre deux thèses (qu'elles soient radicales ou modérées), alors il sera saqué fort probablement. Bien-sûr, on ne lui reprochera pas d'être prudent explicitement, mais "d'opacifier ses positions"... pour en cacher le caractère arbitraire et tribun.

Vous me semblez bien naïf de croire que des élèves libéraux ont pu être légitimement accusés de faire dans la tribune, quand bien souvent ils ne font que défendre dogmatiquement une thèse, comme on leur demande, ou la défendre prudemment, comme le libéralisme, et sa méfiance naturelle envers le dogmatisme et l'idéologie, l'exigent.
Anonyme a dit…
j'ai recopié une dissertation sur l'etat, trouvée sur contrepoints fait par un prof de philo. corrigée par mon prof, ma copie a eut pour note 7/20. Commentaire: "[...] vous vous appuyez trop sur des arguments libertarien-libertaire, métaux vos ideaux utopiques de coté, dangereux pour vous et pour le bac"

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