Accéder au contenu principal

« Ce qu'est et n'est pas la démocratie. »


Voici un texte de Soljenitsyne trouvé dans son livre : Comment réaménager notre Russie (1990)


Alexis de Tocqueville tenait pour opposées les notions de démocratie et de liberté. Il était un ardent partisan de la liberté, mais absolu­ment pas de la démocratie. John Stuart Mill voyait dans la démocratie illimitée un danger de « tyrannie de la majorité » ; or peu importe à i l'individu d'être soumis à la tyrannie d'un seul ou d'un grand nombre.

G. Fédotov a dit que la démocratie a été déformée par le matérialisme athée du XIXe siècle qui a décapité l'humanité. Et Joseph Schumpeter, homme d'État autrichien de notre siècle, traitait la démocratie d'ersatz de la foi pour l'intellectuel privé de religion. Et avertis­sait qu'il était impossible de considérer la démo­cratie hors de son pays et de son époque d'application.


Le philosophe russe S.A. Lévitski a proposé de distinguer:


- l'esprit de démocratie:

1. liberté de la per­sonne ;

2. État de droit ;


- et les traits caractéristiques secondaires de celle-ci:

1. régime parlementaire;

2. suffrage universel.


Ces deux derniers principes n'ont rien d'évident.


Le respect de la personne humaine est un principe plus large que la démocratie, et lui, oui, doit être absolument maintenu. Mais respecter la personne humaine n'entraîne pas obli­gatoirement la forme du parlementarisme.

Tou­tefois les droits de la personne, eux non plus ne doivent pas être érigés à une hauteur telle qu'ils masqueraient ceux de la société.


Le pape Jean-Paul II a émis l'idée (discours aux Philippines, 1981) qu'en cas de conflit entre la sécurité nationale et les droits de l'homme, la priorité doit être accordée à la sécurité nationale, c'est-­à-dire à l'intégrité de la structure la plus large sans laquelle s'effondrerait la vie des personnes.


Et le président Ronald Reagan (discours à l'Université de Moscou, 1988) s'est exprimé ainsi : la démocratie est un moyen non pas tant de régir un pays que de limiter un gouverne­ment, pour l'empêcher de nuire au développe­ment en l'homme des valeurs essentielles que donnent la famille et la foi.


Chez nous, aujourd'hui, « démocratie » est le mot le plus à la mode. On le décline, on le fait sonner, tonner (on spécule sur lui) de toutes les façons. Mais il ne ressort guère que nous ayons bien réfléchi à son sens exact.

Commentaires

Anonyme a dit…
Bonjour et merci pour ce texte. Je vous suggère aussi le livre de Bernard Manin « Principes du gouvernement représentatif ». Il revient aux sources du système républicain de l'Occident contemporain.

Posts les plus consultés de ce blog

Citation de Saint Augustin sur la loi

Saint Augustin est cité dans la joute finale du film The Great Debaters . Voici la citation complète : « Oserons-nous dire que ces lois sont injustes, ou plutôt qu’elles ne sont pas des lois? Car à mon avis, une loi injuste n’est pas une loi. » Saint Augustin, Traité du Libre Arbitre , chapitre V A lire : Treize notions-clés chez saint Augustin On trouve aussi cette citation dans un passage de Martin Luther King Jr. :

James Buchanan et la théorie des choix publics

James Buchanan, lauréat du prix Nobel d’économie en 1986, vient de décéder à l'âge de 93 ans, est l’initiateur de l’économie des choix publics (ou analyse économique de la démocratie). Publié en 1975, Les limites de la liberté : entre l’anarchie et le Léviathan a donné à cet économiste américain sa place parmi des philosophes politiques tels que John Rawls ou Robert Nozick, en tant que « contractualiste ». Pour l'occasion, nous republions cet article de vulgarisation écrit l'an dernier. Par Damien Theillier Elections, piège à cons ? Selon la théorie des choix publics, développée à l'Université George Mason de Virginie par les professeurs Gordon Tullock et James Buchanan, les élections font partie intégrante d’un marché politique. Les acheteurs de ce marché, les électeurs, recherchent des faveurs et des privilèges du gouvernement. Les politiciens sont les fournisseurs de ces faveurs et de ces privilèges, dans le but de satisfaire les intérêts de la majorité.

Ron Paul et l’avortement

Par Damien Theillier Professeur de philosophie à Paris et président de l’ Institut Coppet . On s’étonne parfois d’apprendre que Ron Paul, candidat libertarien à la primaire républicaine, est opposé à l’avortement. Comment un libertarien peut-il ne pas être « pro-choice » ?  Pourtant son point de vue est sans ambiguïté :  «  Some people believe that being pro-choice is being on the side of freedom. I’ve never understood how an act of violence, killing a human being, albeit a small one in a special place, is portrayed as a precious right » ( Liberty Defined ). Le libertarianisme, en tant que philosophie politique, n'a rien à dire sur ce sujet de l’avortement, au moins dans un premier temps. En effet, l’avortement est d’abord une question de philosophie morale pure, qui repose sur la considération du statut ontologique de l’embryon. S'agit-il seulement de quelques cellules, comme une verrue ou un kyste ? Ou bien est...