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Un film à fuir : Agora


J'ai vu des affiches dans le métro et j'ai cru que ce film avait une ambition historique et philosophique. Erreur...
Conformément aux affiches, la reconstitution d'Alexandrie au IVe siècle (époque de Saint Augustin) est extrêmement bien faite. Mais c'est hélas le seul point fort de ce film.
Car pour voir ça, il faut subir 2 heures de gnan-gnan moralisateur à propos de la tolérance et une accumulation d'anachronismes affligeants et de clichés ridicules. Ainsi les chrétiens sont présentés comme des barbares fanatiques qui veulent détruire toute trace de civilisation romaine et grecque, qui préconisent de tuer tous les infidèles et qui, bien entendu, s'en prennent aux juifs pour les exterminer. Il ne manque plus que les chambres à gaz !!
De leur côté, les païens, sont présentés comme des hommes du XXIe siècle, forcément éclairés, écologistes avant l'heure, féministes, multiculturalistes, et j'en passe...

La figure de la philosophe et astronome Hypatie est complètement mièvre. En plus d'être une mère-la-morale, elle est présentée comme une athée, ce qui est un contresens historique majeur. Les philosophes néoplatoniciens d'Alexandrie comme Plotin au IIIe siècles croyaient en un Dieu Un. (Lire ici mon article sur Plotin, S. Augustin et la philosophie néoplatonicienne). Enfin, elle a compris toute seule, 1400 ans avant Galilée, que la terre tournait autour du soleil. On nage en plein délire...

Bref, on l'aura compris, c'est de l'histoire revue et corrigée, du révisionnisme pour les incultes. Mais contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'auteur de ce film n'est pas un américain mais un espagnol : Alejando Amenabar. Vitoria et Las Casas, ces grands penseurs espagnols de l'école de Salamanque au XVIe siècle, doivent se retourner dans leur tombe !! Et les américains qui vont voir ce film vont bien rire de nous. J'attends de lire quelques critiques dans la presse américaine et je vous en reparle.
Finalement je suis sorti avant la fin du film, je n'ai pas supporté plus d'une heure ce péplum européen dégénéré, cette bouillie pseudo-intellectuelle pour les bobos.

Commentaires

Anonyme a dit…
Excusez moi Monsieur,
Mais il se trouve que j'ai vu le film deux fois, je suis d'accord avec vous sur deux points: la reconstruction est très bien faite et il y a quelques anachronismes. Mais ces derniers sont mineurs.
En ce qui concerne l'héliocentrisme, je vous rappelle que ce n'est pas Galilée qui en a fait la découverte mais qu'il a repris les travaux de Copernic. Mais les choses ne sont pas si simples, Copernic n'est pas non plus le premier à y avoir pensé, il y a eu des précurseurs et Hypatie en fait partie (elle même n'a pas non plus compris toute seule que la terre tournait autour du soleil, c'était une chose acceptée par plusieurs philosophes de l'époque mais Hypatie aurait sûrement compris le mouvement de la terre en ellipse et non en cercle). Nous ne nageons donc pas en plein délire.
De plus, la représentation des parabolanis (frange chrétienne de l'époque) n'est pas exagérée. Leur comportement à l'égard des païens et des juifs dans le film est fidèle à l'Histoire (et donc peut-être dérangeant vu que cette représentation là est rare dans les oeuvres cinématographiques). C'est d'ailleurs ces chrétiens là qui auraient inspiré le mot même "fanatisme". Les premiers hommes qualifiés de fanatiques dans l'histoire sont des chrétiens.
En ce qui concerne l'athéisme d'Hypatie dont vous parlez, il n'est pas question de ce concept dans le film et il est exact que cette philosophe fut lapidée par les chrétiens car ils la considéraient comme étant une "non croyante" et une sorcière. Hypatie était une païenne et personne ne sait si sa foi envers les Dieux était sincère ou formelle (comme elle pouvait l'être pour beaucoup de philosophes et de mathématiciens de la civilisation païenne, car ces dieux n'étaient pour certains, qu'une représentation des éléments et des théories).
Je tenais juste à réagir sur quelques points de votre article, qui par la fausseté de ses arguments, tendrait à rendre le film d'Alejandro Amenabar simpliste alors que c'est votre critique qui l'est.
Bien à vous,

L.B

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