Accéder au contenu principal

L'éthique de la liberté

Mon ami et collègue Jérémie Rostan, de passage à Paris (il enseigne à San Francisco l'économie et la philosophie dans un lycée international), est venu dans 2 de mes classes de TES, parler un peu de l'école autrichienne d'économie et de Rothbard en particulier. Il a pu rester 2 heures dans une classe et nous avons eu de bons et passionnants échanges avec les élèves la 2e heure.
A leur intention (et à ceux qui n'ont pas eu la chance de l'écouter), je mets en ligne ce livre désormais introuvable mais qui devrait ressortir bientôt... avec une préface de Jérémie.

Murray Rothbard - L'éthique de la liberté

Pour lire des articles de Jérémie Rostan, voir ici :
Sur Bastiat
Son blog

A lire aussi pour approfondir : 39 leçons d'économie contemporaine, de Philippe Simonnot. Un livre de vulgarisation écrit par un économiste de l'école autrichienne. On y trouve autant de philosophie que d'économie.

« Le célèbre Adam Smith, qui passe communément pour le père fondateur de la science économique, a opéré en 1776, nous le dirons, une sorte de déviation par rapport au courant venu de la Scolastique (et de l'école française : Cantillon, Boisguilbert, Tugot, Condillac, Say, Bastiat...). Cette bifurcation a fait perdre un siècle à la réflexion économique et pèse encore de nos jours comme un handicap, d’autant plus lourd qu’il est méconnu. Heureusement, le fil de la Scolastique sera repris au XIXe siècle par ce que l’on appelle l’École autrichienne d’où est sortie une pléiade d’économistes de premier plan: Carl Menger (1840-1921), Böhm-Bawerk (1850-1914), von Wieser (1851-1926), Ludwig von Mises (1881-1973), Friedrich Hayek (1899-1992). C’est à cette école que l’on doit ce que l’on appelle dans le jargon des économistes le marginalisme (1). Au XXe siècle, l’école franchira l’Atlantique pour s’implanter aux États-Unis grâce à Murray Rothbard, qui fut jusqu'à sa disparition en 1995 l’un des chefs de file des économistes libertariens américains (2). On lui doit, notamment, une monumentale histoire de la pensée économique, qui a surclassé l’oeuvre, classique dans ce domaine, du grand Joseph Schumpeter (3). Il existe même aux États-Unis un Institut Mises, qui entretient la flamme de l’École autrichienne et qui est très fécond en études de toutes sortes, consultables sur son site (4). Cette école est la plus à même d’approcher la réalité économique. Néanmoins, le courant qu’elle représente reste très minoritaire par rapport au mainstream issu d’Adam Smith et de l’école classique, puis néo-classique anglo-saxonne. »

1. Le marginalisme met en évidence la valeur de la dernière unité détenue, dite valeur marginale. Au fur et à mesure que le niveau de détention ou de consommation d'un bien s'élève, les suppléments de satisfaction que l'individu retire d'une augmentation d'une unité de détention ou de consommation sont de plus en plus faibles. L'exemple canonique est celui de l'eau. «Comme il y a beaucoup d'eau, le dernier verre se vend très bon marché. Même si les premières gouttes valent autant que la vie elle-même, les quelques dernières gouttes ne servent qu'à arroser la pelouse ou laver la voiture. Nous constatons alors qu'une marchandise de très grande valeur telle que l'eau se vend pour presque rien parce que la dernière goutte ne vaut presque rien», écrit l'américain Paul Samuelson, le célèbre prix Nobel d'économie, dans son Économie, seizième édition, Economica, 1998.  
2. Un économiste libertarien se distingue d'un économiste libéral classique en ce qu'il estime que l'État n'est pas nécessaire au fonctionnement du marché. Bien noter que le terme de libéral n'a pas le même sens aux États-Unis qu'en France. Un libéral américain se situe plutôt à gauche. L'économiste libéral au sens français se range plutôt parmi les Conservateurs sur l'échiquier politique.  
3. Murray Rothbard, An Austrian Perspective of the History of Economic Thought, Edward Elgar, 2 vol. Joseph Schumpeter, Histoire de l'analyse économique, Gallimard, 3 vol.  

Commentaires

Très bonne article comme d'habitude.

Je me demande combien en France de prof de philo connaissent l'Ecole Autrichienne et l'expliquent correctement en cours...

Sinon une petite question : vous parlez dans un de vos commentaires d'une opposition entre un individualisme aristocratique et un individualisme démocratique. Avez vous d'autres articles/livres à conseiller autour de ces notions ?

(je ne trouve pas votre email)
ziberal@gmail.com
Damien Theillier a dit…
Merci pour ces encouragements. Pour répondre à votre question, je me réfère à Strauss et à Tocqueville. Leo Strauss, dans Le libéralisme antique et moderne explique l'importance de garder une dose d'aristocratie dans la démocratie. Quant à Tocqueville, il met en garde contre l'individualisme, c'est bien connu. Mais on oublie souvent de dire qu'il s'agit de l'individualisme démocratique, celui qui est généré par l'égalitarisme. Or Tocqueville manifeste aussi un grand attachement à l'indépendance individuelle (comme Constant). Voir La Démocratie en Amérique, T.II, chapitre 7 de la 4e partie.

Posts les plus consultés de ce blog

Citation de Saint Augustin sur la loi

Saint Augustin est cité dans la joute finale du film The Great Debaters . Voici la citation complète : « Oserons-nous dire que ces lois sont injustes, ou plutôt qu’elles ne sont pas des lois? Car à mon avis, une loi injuste n’est pas une loi. » Saint Augustin, Traité du Libre Arbitre , chapitre V A lire : Treize notions-clés chez saint Augustin On trouve aussi cette citation dans un passage de Martin Luther King Jr. :

James Buchanan et la théorie des choix publics

James Buchanan, lauréat du prix Nobel d’économie en 1986, vient de décéder à l'âge de 93 ans, est l’initiateur de l’économie des choix publics (ou analyse économique de la démocratie). Publié en 1975, Les limites de la liberté : entre l’anarchie et le Léviathan a donné à cet économiste américain sa place parmi des philosophes politiques tels que John Rawls ou Robert Nozick, en tant que « contractualiste ». Pour l'occasion, nous republions cet article de vulgarisation écrit l'an dernier. Par Damien Theillier Elections, piège à cons ? Selon la théorie des choix publics, développée à l'Université George Mason de Virginie par les professeurs Gordon Tullock et James Buchanan, les élections font partie intégrante d’un marché politique. Les acheteurs de ce marché, les électeurs, recherchent des faveurs et des privilèges du gouvernement. Les politiciens sont les fournisseurs de ces faveurs et de ces privilèges, dans le but de satisfaire les intérêts de la majorité.

Peut-on en finir avec les préjugés ?

Peut-on en finir avec les préjugés ? (sujet 2007 du bac de philo TES) Un préjugé précède tout jugement et constitue l'opinion ayant fait l'économie de l'activité délibérative de la raison. Préjuger, c'est opiner avant même de juger. On comprend donc que les préjugés n'aient pas bonne réputation. Pourtant, est-il certain qu'il faille nécessairement les dénigrer ? La solidité des préjugés, leur force, capables d'orienter la pensée, n'ont-elles vraiment aucune vertu ? En un mot, si les préjugés peuvent mettre en échec la raison, ne constituent-ils pas aussi ce qui nécessairement fonde son exercice ? Croire qu'on peut en finir avec les préjugés, n'est-ce pas opter pour un nouveau préjugé ? N'y a-t-il pas un préjugé rationaliste que de croire que la raison pourrait avoir toujours raison ? Ce sujet nous renvoie à la question de savoir si l'on peut tout démontrer. I° On ne peut pas en finir avec les préjugés Car nos préjugés sont a...